wish_u_where_here

Mes premiers deux mètres :

"Puissant !" j'ai dit.

"Profond !" ont dit les gars.

En tout cas, tout de suite après, à la sortie du tambour, bien lessivé, essoré du dedans, j'ai vu se rapprocher dangereusement l'horizon et s'élever un mur d'eau de trois mètres au moins me cachant le soleil. Plus mes yeux s’agrandissaient de stupéfaction, plus ma bouche criait ses Ah! de frayeur, plus je me sentais petit, petit. "...Eâ, Dieu de l’abîme, ton bâillement n'est pas plus vaste" aurait proclamé St-John Perse. Son excellence n'était pas là, elle. Moi, si. En-dessous. Je refermai soigneusement mes lèvres après une inspiration aussi soigneuse, enfonçai le nez de ma planche le plus profondément possible, attendant que le monstre liquide me tombât dessus. Il ne me manqua point. Un vrai baisement comme disent les gars. Je me cramponnais à ma planche, écrasé, enfoncé, tourné, retourné, dos plié et replié, pieds à la tête, côtes disjointes, restant des os broyé, cheveux hérissés et plaqués sans aucun respect.

Mes lèvres tinrent bon. Et quand, après des secondes interminables, éjecté, j'ai pu ouvrir l'œil puis la bouche, ma paire de narines, respirer enfin, j'étais entouré d'une nappe d'écume blanche. D'ici, de là, des têtes sortaient de la surface toujours mouvante et moussante : ahuries, comme devait l'être la mienne.

Comme lors de mon premier jour, la vague de mon débarquement dans cette banlieue de l'Europe dans l'Océan indien.

Ne t'inquiète pas, je vais te dire comment cette vague-là m'a pris, moi aussi, comme plein d'autres jetés à la mer du côté de Gibraltar ou aux Canaries, à Mayotte, via Kwassa, par les airs même, même si je ne comprends pas pourquoi certains, des enfants parfois, explique-moi, vont mourir dans un train d'atterrissage. Certainement d'autres murs. On en parlera.

Mais plus tard car B. m'attend.

 

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