Artiste multimédia, Johary Ravaloson préfère pourtant le texte imprimé aux innovations virtuelles de l'édition. Il est donc plutôt heureux de voir paraître La porte du sud, la nouvelle qui lui avait valu le Prix de l'océan Indien…

...espace d'îles dont il est un digne représentant puisque ce Malgache né à Tana vit maintenant à la Réunion. Mais, comme l'écriture n'est pas sa seule forme d'expression, il est de passage à Madagascar pour une série d'expositions et d'animations dont le nombre laisse pantois, et qui dégage une énergie collective impressionnante.

Pour parler de lui, il faudrait avoir le talent d'embrasser toutes ses activités dans le même regard, parce qu'à l'évidence tout se tient dans une démarche cohérente. Le couple qu'il forme, à la ville comme à la scène si l'on ose dire, avec Sophie Bazin, plasticienne, n'y est pas plus étranger que ses travaux de juriste. Il ne s'agit pas de concilier l'inconciliable : simplement, de rester soi-même à chaque instant, quelle que soit l'activité en cours.

Dans La porte du sud, Johary Ravaloson relate une course de dahalo (des voleurs de zébus) dans le sud de Madagascar, sur le plateau pelé de l'Horombe. Il s'agit presque d'un sport traditionnel qui n'exclut pas pour autant la violence, surtout quand il s'agit de s'emparer d'un troupeau et pas seulement de quelques têtes de bétail.

Avec ses complices, le narrateur remonte vers le nord, ils poussent les bêtes devant eux dans la poussière, formant un convoi furieux sous la menace des gendarmes à leur poursuite avec des hélicoptères. S'ils arrivent à La porte du sud, ils pourront entrer dans le massif de l'Isalo et décourager les poursuivants avant d'aller vendre leur cheptel au marché d'Ambalavao.

Le récit est nerveux, entrecoupé de "Hazo lava é ! Hazo lava…" et de "Hoy, hoy !" pour encourager les zébus à avancer, de pauses pour avaler du riz salé et de la viande boucanée, et aussitôt ça repart, avec cette impression de vitesse qui affole et disperse le regard.

Une nouvelle peut suffire à imposer un ton. Avec La porte du sud, Johary Ravaloson prend place parmi les jeunes auteurs malgaches de langue française avec lesquels il faudra compter.

Sur le terrain de l'art contemporain, son séjour à Tana ne passe pas inaperçu. Depuis le début d'avril, les événements se succèdent et entraînent quantité d'autres artistes dans le mouvement. Sophie Bazin et Johary Ravaloson se sont rebaptisés ici TsyKanto sy Tsimaninona (TsT). Après avoir occupé l'espace Rarihasina, ils ont investi le CCAC et ne comptent pas s'arrêter en chemin puisque la liste est longue, des événements prévus comme des partenaires accompagnant ceux-ci.

Johary Ravaloson. La porte du sud. Ed. Orphie, 43 pages, 70 000 Fmg

Publié par Pierre Maury dans Africultures, Mai 2003.